Réussir l'égalité femmes-hommes

Réactions au Burkini

Communiqué de presse de la CLEF dont REFH est membre:  Le Burkini de trop -

Après la journée du hijab à Sciences Po, voilà la journée «burkini» dans un centre aquatique de la commune des Pennes-Mirabeau, à Marseille.

Sous prétexte que l’évènement est prévu dans un lieu « privatisé » les organisatrices, des femmes des quartiers nord de Marseille, s’arrogent le droit de  « conseiller » aux participantes « de ne pas venir en 2 pièces (parties doivent être cachées de la poitrine aux genoux) » et d’en rajouter une couche en écrivant explicitement sur l’affiche annonçant l’évènement « Le parc autorise exceptionnellement Burkini/Jilbeb de bain ».

A l’évidence il s’agit d’une provocation. Une de plus. Mais cela ne doit pas nous conduire à simplement hausser les épaules et laisser faire.

 C’est encore une fois le corps des femmes qui est stigmatisé au nom de diktats religieux d’un autre âge et la mixité femmes-hommes qui est remise en cause.

 Le privé ne doit pas être un lieu où l’on ne respecte pas les lois de la République. La ségrégation sexuelle est une violence symbolique à l’encontre de toutes les femmes. En outre, du fait de la publicité faite à cet évènement, cette violence est devenue publique.

Nous approuvons totalement la fermeté dont fait preuve le sénateur-maire de la commune Michel Amiel qui a pris un arrêté d'interdiction.

Article dans 50-50 magazine du 29 août

Burkini : non, ce n’est pas un faux problème !

Certain-e-s y compris se revendiquant du féminisme, s’indignent que cet été la question du burkini ait occupé l’actualité et même mobilisé le premier ministre. La France avec ses arrêtés d’interdiction serait la risée de nos voisins européens tout autant que des Américains et des Canadiens, habitués aux accommodements déraisonnables.

Il y a quelque 3,5 millions de chômeurs et tout ce qu’on trouve à faire c’est de s’écharper à propos d’un morceau de tissu porté par quelques femmes sur les plages ?

Ceux qui tiennent ces propos se refusent à reconnaître que le port du burkini, comme le voile sous quelle que forme que ce soit, s’inscrit dans une stratégie consistant à banaliser l’injonction politico-religieuse faite aux femmes de se rendre « invisibles » dans l’espace public, tout en arborant un symbole qui marque leur différence avec la citoyenne lambda.

Il suffit de jeter un regard en arrière pour constater que les promoteurs de cette stratégie ont petit à petit avancé leurs pions, et que la classe politique, médiatique, et intellectuelle a le plus souvent réagi sur le ton de la tolérance compassionnelle, sans oser analyser ouvertement la signification d’un symbole de ségrégation sexuelle contraire aux valeurs de la République.

En 1989, éclatait l’affaire des voilées du Lycée de Creil. Il existait à l’époque un bulletin d’information « Paris Féministe » qui se saisira du sujet dans son numéro de novembre-décembre 1989 avec pour titre « Calamity Hidjeb ». Tout un programme ! En introduction des nombreux textes écrits par les féministes, mais non repris par les médias. Le slogan était clair et clairvoyant « Ne tchador pas, tu vas te réveiller bâillonnée ». Parmi ces textes le nôtre n’a pas pris une ride : « Le voile pose une condition à la liberté de circuler des femmes. L’accepter au nom de la liberté religieuse c’est comme amputer une autre liberté fondamentale, celle des femmes ». et nous ajoutions «  Il est clair que si le port du voile était toléré, cela constituerait un désaveu à l’égard des jeunes filles et des familles qui osent contester cet aspect de la tradition ».

Plus de dix ans de polémiques autour de la bataille sur le voile à l’école, avec finalement un remarquable discours de Chirac du 17 décembre 2003 :« La République s’opposera à tout ce qui sépare, tout ce qui retranche, tout ce qui exclut ! Le règle, c’est la mixité parce qu’elle rassemble, parce qu’elle met tous les individus sur un pied d’égalité, parce qu’elle se refuse à distinguer selon le sexe, l’origine, la couleur, la religion »). Et enfin la loi de 2004.

Une fois ce front apaisé, viendront les autres provocations : à l’hôpital, sur les terrains de sport, à l’université, dans les entreprises, les crèches, les mères accompagnatrices, le voile intégral…et aujourd’hui le burkini, pour tenter d’imposer dans l’espace partagé des signes de différenciation et de revendication ‘identitaire’.

Les textes féministes de 1989 étaient marqués par la révolte des Iraniennes qui dès 1979 avaient manifesté contre l’obligation qui leur avait été faite par le régime de Khomeiny de porter le tchador. Depuis, il y a eu la décennie noire en Algérie, les talibans en Afghanistan, le terrorisme islamiste d’Al Qaeda et de Daesh avec toujours les mêmes images de femmes voilées de la tête aux pieds, alors que ce n’était pas le cas cinquante ans plus tôt.

Secondaire ce combat ? Ce qui touche aux femmes doit-il demeurer en marge de la grande Histoire ? Nous sommes pourtant au cœur même de l’histoire, car ce que les fanatiques n’acceptent pas c’est l’émancipation des femmes.

Cessons d’être dans la victimisation et de nous apitoyer sur celles qui trahissent.

Le Conseil d’État a jugé que les arrêtés municipaux d’interdiction, qui emportent l’assentiment populaire, ne sont pas juridiquement fondés et qu’il faut démontrer le trouble à l’ordre public. C’est oublier que l’ordre public ne saurait se réduire à la question de la sécurité publique et qu’il implique le respect des valeurs communes de la République, parmi lesquelles l’égalité femmes hommes.

Le Conseil d’Etat est passé à côté de l’essentiel : la provocation symbolique à la violence sexiste et une remise en cause de l’esprit de la laïcité.

Françoise Morvan, présidente de la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes

Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes

Linda Weil-Curiel, secrétaire générale de la Ligue du Droit International des Femmes

La réaction de Laurence Rossignol, ministre des Familles, des Enfants et des Droits des femmes qui appelle à combattre le burkini "sans arrière pensée " voir l'article de Libération du 15 août.