Réussir l'égalité femmes-hommes

L'Académie contre la langue française : la "féminisation"

sous la direction d’Éliane Viennot, avec la contribution, singulière et collective, de Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger et Anne-Marie Houdebine. Editions iXe  Juin 2016   17.00 €   224 p. distribution L’Harmattan ou directement chez l’éditrice Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  — http://www.editions-ixe.fr/.

 

Ce livre retrace cette guerre de trente ans, menée à coup de déclarations aussi péremptoires qu’infondées, réactionnaires et sexistes, face auxquelles les protestations n’ont pas manqué. Il permet également de faire le point sur les objets de ces controverses, et de comprendre pourquoi la France a fini par entamer sa « révolution langagière »… envers et contre les avis des Messieurs-Dames du Quai Conti. (4e de couverture)

 

 

 
Celles et ceux qui se sont intéressé.e.s à la « féminisation » des noms de métiers et des titres n’apprendront sans doute pas grand chose de neuf. Mais cet ouvrage a le mérite de rassembler tout l’historique de cet acharnement des académicien.ne.s à refuser des expressions comme Madame la Ministre (parmi tant d’autres), tous les documents (rapports, décrets) et surtout les lettres et articles produits par ces « gardien.ne.s » de la langue. Par contre, il peut convaincre celles et ceux qui sont encore « tièdes », d’autant plus que de nombreux exemples rendent la lecture agréable et l’argumentation efficace.

L’Académie s’estimant investie d’une mission « supérieure », persuadée de détenir la vérité, Éliane Viennot a choisi la métaphore religieuse pour nous narrer cette « guerre sainte ».

Le premier chapitre, Le Saint-Siège, rappelle l’histoire de l’Académie et sa croisade contre la féminisation. Suivent Les offenses, décrets et circulaires publiés à ce sujet, puis Les points de doctrine: les 12 dogmes de l’académie, accompagnés des réfutations qui peuvent leur être opposées. Ce chapitre me semble utile et intéressant car nous sommes régulièrement amené.e.s à devoir argumenter. Viennent ensuite Les Bulles (position de l’Académie), Les exégèses ( les articles de presse) et Les suppliques (lettres adressées au Président de la République, au premier ministre). L’ouvrage se termine par Le chapelet des perles, une chronologie des événement et une bibliographie.

À la lecture de cet ouvrage, je me dis que bien du chemin a été fait, que l’usage du féminin a gagné du terrain, mais pas partout cependant. En cette rentrée littéraire « écrivaine » est encore difficile à prononcer et à écrire, par exemple. J’ai aussi vu encore beaucoup de "professeur" pour les femmes en cette rentrée scolaire. Il y a donc encore à progresser.

Mais pourrait-on encore écrire aujourd’hui : « Cette histoire est un gadget. Ce sont les effets de la polygamie de Jospin qui est entouré de sultanes et qui, pour plaire à son harem, relance une vielle idée » Dutourd, Le Figaro, 30 juin1998 ? Et ce n’est qu’un exemple de l’outrance et de la mauvaise foi de certains de nos académiciens. Et ce ne sont pas les académiciennes qui vont faire bouger les lignes. Et que dire de leurs incohérences : le mot « rectrice » les irrite, mais « Le recteur a été nommé directrice » ne les gêne pas !

Compte-rendu de Huguette Klein

 

Voir quelques "perles"  : histoire de mieux saisir les principes qui inspirent les dissertations de ces gens-là.

 

Sommaire du livre